Impact du matériel d’échantillonnage sur les données de surveillance des PFAS en eau souterraine - Eaux superficielles et eaux résiduaires
Les opérations d’échantillonnage d’eau, notamment dans le cadre de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE), impliquent un contact entre l’échantillon d’eau et les différents matériels intermédiaires. Les risques de contamination et d’adsorption lors des opérations d’échantillonnage peuvent être multiples (ex : matériel insuffisamment nettoyé (contamination croisée), non inerte vis-à-vis des substances recherchées (adsorption des substances sur les matériels ou relargage des substances entrant dans la composition des matériels), et impacter la fiabilité des données.
Afin de garantir la fiabilité des données de surveillance il est important d’évaluer d’une part, les risques de contamination des échantillons par le matériel utilisé pour l’échantillonnage ou par l’opérateur, et d’autre part, l’adsorption potentielle des molécules présentes dans l’eau échantillonnée sur les surfaces de ces matériels. Les substances per et polyfluorés (PFAS) font partie des polluants particulièrement étudiés depuis quelques années compte tenu de leur caractère ubiquiste et de leur présence dans de
très nombreux matériaux. Il est donc nécessaire d’évaluer les risques de contamination liés à l’échantillonnage pour cette famille de polluants.
Une étude a été conduite sur 28 substances de la famille des PFAS pour tester i) le risque de contamination des échantillons et ii) le risque d’adsorption de ces composés sur les différentes composantes des matériels lors des opérations d’échantillonnage d’eaux superficielles et d’eaux résiduaires.
Sept configurations de matériel d’échantillonnage ont été évaluées. Plus précisément, 4 configurations dédiées à un échantillonnage ponctuel (flacon verre ambré, flacon en téflon, seau en polyéthylène alimentaire, seau en inox) et 3 configurations dédiées à un échantillonnage automatique (2 types de tuyaux d’aspiration (téflon, PVC tricoclair), 2 types de flacons (verre ou polyéthylène) et pale d’agitation (inox) avec des compositions et des historiques d’utilisation différents (neufs ou déjà utilisés) ont été testées.
Les essais en laboratoire ont été réalisés i) avec de l’eau d’Evian pour évaluer le risque de contamination des échantillons sur 28 PFAS (3 essais indépendants par configuration) ; ii) avec une eau dopée à un niveau de concentration de 100 ng/L pour l’ensemble des 27 PFAS (hormis le 6:2 FTOH et le 8:2 FTOH 200 ng/L) en vue d’évaluer le risque d’adsorption sur les matériaux constituant le matériel d’échantillonnage (2 ou 3 essais indépendants selon la configuration). Le C6O4, pour des raisons liées
à la difficulté de se procurer la solution étalon correspondante, n’a pas été ajouté lors de la préparation de l’eau dopée.
Les analyses des PFAS ont été réalisées par le laboratoire Inovalys basé à Angers, dont la LQ pour l’ensemble des PFAS est en accord avec les LQ réglementaires (hormis PFHXA et PFOS pour les eaux superficielles).
Pour tous les matériels testés, bien que très diversifiés en composition et en origine (neuf ou déjà utilisé), aucune contamination due au matériel d’échantillonnage n’a été identifiée pour les 28 PFAS testés, au regard de la LQ du laboratoire. En particulier, les matériels déjà utilisés et le tuyau téflon n’ont pas engendré de contamination. Ce qui laisse penser que le risque de contamination par les matériaux d’échantillonnage est très faible au niveau des LQ réglementaires applicables lors de l’étude. Mais depuis la date des essais, les LQ réglementaires ont évoluées [2025 – Avis du 15 août 2025], des essais complémentaires seraient à mener pour confirmer ou infirmer ces résultats.
Quel que soit le matériel testé, matériel dédié à un échantillonnage ponctuel (flacon verre ambré, flacon en téflon, seau en polyéthylène alimentaire, seau en inox) ou matériel dédié à un échantillonnage automatique (tuyaux d’aspiration (téflon, PVC tricoclair), flacons collecteurs (verre ou polyéthylène) et pale d’agitation inox), les PFAS à courtes chaînes fluorées (C4-C8) sont bien récupérés dans les échantillons (taux de récupération compris entre 80%-120%), ce qui met en évidence que tous ces matériels peuvent être utilisés pour la surveillance de ces substances.
En revanche, les résultats pour les PFAS à longues chaînes fluorés (C9–C13+) sont plus difficiles à interpréter, en raison d’une variabilité importante des concentrations de la solution d’essai au cours du temps pour l’échantillonnage automatique et d’un comportement surprenant de certains PFAS lors de l’utilisation des matériels (seau inox et seau PE) pour l’échantillonnage ponctuel.
Les résultats constituent une première base solide pour l’amélioration des recommandations d’échantillonnage des PFAS, tout en soulignant la nécessité d’approfondir certains aspects pour fiabiliser les conclusions à plus long terme.